La réponse à un nouvel appel d’offre régional FLE/FLI/ALPHA/RAN

Juillet 2020, C’est Possible Autrement signe une convention partenariale avec Tivoli Initiatives et Accueil et Promotion, deux autres acteurs de la formation professionnelle continue sur le territoire de Bourges. Cette convention mentionne plus particulièrement les spécificités de chacun des organismes, et, par là-même, l’orientation des publics fragilisés linguistiquement.

Ce partenariat s’inscrit dans le cadre de l’offre de formation « FLE/FLI – Alpha – RAN », elle-même s’inscrivant dans l’appel d’offre régional 2021-2024 relatif aux savoirs fondamentaux et compétences transverses.

Un titre de formation pour trois profils de stagiaires de la formation professionnelle continue :

  • Des adultes allophones scolarisés dans leur pays d’origine, mais dont l’appropriation de la langue française est insuffisante pour s’insérer en emploi (FLE/FLI)
  • Des adultes francophones en besoin d’acquisition ou de consolidation des savoirs fondamentaux et compétences transverses dans l’objectif d’une qualification et insertion dans l’emploi (RAN et personnes en situation d’illettrisme)
  • Des adultes allophones non scolarisés dans leur pays d’origine (ALPHA)

Dans une logique de parcours, ces actions de formation aux savoirs fondamentaux et compétences transverses s’inscrivent comme un chaînon indispensable dans un parcours d’accès à l’emploi, afin d’avoir la meilleure chance de trouver sa place et un emploi dans la société des compétences.

Quelle(s) nouveauté(s) pour notre organisme de formation ?

Ne sont pas nouveaux pour nous : les publics ; les démarches pédagogiques à mobiliser ; l’entrée et la sortie permanentes des stagiaires ; l’exigence d’individualisation ; le souci de l’employabilité que nous rencontrons à la fois dans les actions de formation individuelles « cousues mains » mises en place en réponse aux besoins des entreprises et des demandes d’apprenants accompagnés dans le cadre du programme départemental d’insertion et des visas 3 en 1 de la Région Centre Val de Loire.

La nouveauté, c’est à la fois le format (du collectif de stagiaires à temps plein : 30h/hebdomadaire) et l’inscription de la formation dans un parcours vers l’employabilité.

Un public aux besoins spécifiques

Les personnes entrant dans cette formation sont toutes en situation d’analphabétisme (venant d’Afghanistan, de Chine, d’Erythrée, du Maroc, du Soudan). Néanmoins elles sont depuis plusieurs années en France et ont pu bénéficier, pour certaines d’entre elles, de plusieurs dispositifs de formation linguistique : Contrat d’intégration républicaine/OFII, Pôle emploi, OEPRE (Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants), et d’autres peut-être. Cependant, force a été de constater qu’ils ont tous la plus grande difficulté à entrer dans la communication orale la plus élémentaire. Ce qui ne laisse pas d’interroger.

Cette situation a donc quelques conséquences sur des préalables à la formation :

– tenter de comprendre un projet individuel lors de l’entretien de positionnement au cours duquel les mots manquent cruellement et réduisent probablement son expression ;

– favoriser l’acquisition de compétences dont certaines sont supposées avoir été acquises dans leur parcours antérieur ;

– construire un collectif d’apprentissage (veiller à ce que les stagiaires respectent les temps de chacun, coopèrent…) ;

– permettre l’acquisition d’outils méthodologiques : comprendre les multiples consignes ; organiser ses documents et s’organiser.

Quatre formatrices mobilisées : complémentarité et coopération

Nous leur donnons la parole afin de voir la spécificité des apports de chacune, et leur articulation dans une même visée : l’accès aux savoirs de base et l’inscription dans un parcours de professionnalisation.

Sandrine Vacher, quel a été votre rôle dans cette formation ?

J’étais la formatrice référente. Je les ai accompagnés tout au long de la formation.

Suite du témoignage de Sandrine Vacher
Quels besoins des apprenants avez-vous identifiés en amont, ou avez-vous découverts au fil des séances ?

Lors des entretiens réalisés en amont avec Marie-Cécile Lemoine, nous avons relevé que le niveau en français était très faible. Les niveaux étaient très hétérogènes. Les uns parlaient mais ne comprenaient pas. Les autres ne savaient pas s’exprimer. Ils avaient tous besoin d’acquérir du vocabulaire pour communiquer. Très majoritairement arabophones, ils avaient tous les mêmes problèmes de prononciation.

Nous avons, dès le début de leur parcours, utilisé Ma clé Alpha (Marion Aguilar, 2017, Scolibris) comme support d’apprentissage.

 Le recueil de leur demande s’est fait en début de formation par l’intermédiaire d’un questionnaire simple (sous formes d’images ou de mots à cocher) inclus dans le manuel. Les uns voulaient pouvoir remplir des documents (CAF, Pôle Emploi, etc.), d’autres être capables de discuter avec l’enseignante de leurs enfants, ou tout simplement pouvoir parler mieux français pour trouver du travail… Au-delà de ces demandes hétérogènes, leur besoin essentiel était d’acquérir un minimum de base en français pour pouvoir se débrouiller dans la vie de tous les jours et en milieu professionnel.

Comment y avez-vous répondu pédagogiquement ?

Les apprenants et moi avons travaillé avec Ma clé Alpha qui permet d’atteindre le premier palier de compréhension et expression écrite du français (niveau A1.1) chez l’adulte en situation d’analphabétisme. Chaque séquence s’ouvre sur un dialogue (cf. PJ ci-dessous) ou des photos qui introduisent le thème de la séquence, ainsi que les sons qui vont être étudiés, suivis de divers exercices de la lecture directe et indirecte, ainsi que des activités ludiques permettant la répétition et l’imprégnation. Différents personnages, découverts en début de formation, discutent de la vie quotidienne administrative et des questions associées. Les  formulaires à renseigner sont devenus l’un de leurs supports de travail, ce qu’ils faisaient régulièrement pour être à l’aise dans cet exercice.

Toutes les 3 ou 4 séances, il y avait une partie de révision qui permettait aux apprenants de revoir les sons appris. Un bilan succinct avait lieu dans cette partie qui permettait d’évaluer les acquis.

J’ai suivi cette méthode pas à pas et insisté plus particulièrement sur les thèmes abordés dans chaque séance pour casser le rythme « scolaire ».

Nous avons donc travaillé, les stagiaires et moi, les 29 séances de Ma clé Alpha, en passant les difficultés les uns après les autres. Par exemple, certains sons posaient plus de problèmes que d’autres, par exemple les GN et le OIN qui sont très loin de leur langue natale. Ensemble et dans la bonne humeur, nous trouvions comment positionner bouche et langue pour arriver à la prononciation.

Pour leur rendre cet apprentissage plus naturel, nous avons aussi instauré un temps de dialogue quotidien.

A chaque début de journée, nous parlions de leur soirée ou du weekend, et de ce qu’ils avaient fait ou vu à la télé. Tout cela dans le but de les faire parler et de briser cette barrière de la langue. C’était un moment pour parler tout simplement, de tout et de rien mais avec un objectif : les faire parler et échanger avec les autres. Tout sujet de société devenait intéressant à discuter.

Quels commentaires souhaiteriez-vous au terme de cette expérience (éléments de bilan, pistes d’évolution) ?

Ces stagiaires étaient extrêmement demandeurs. Ce que je retiens surtout, c’est leur désir d’apprendre et leur volonté de bien faire. C’est aussi motivant pour le formateur.

Je les ai vus s’ouvrir aux autres, s’entraider en français au fur et à mesure des jours. La barrière de la langue s’amenuisait, il y en a même qui s’essayait à l’humour.

Leur manifeste motivation des premiers jours s’est confirmée par la suite, avec une demande constante d’activités. Ils étaient volontaires pour lire, aider, aller au tableau. Je les ai vus prendre confiance en eux. Par exemple, Jindong, une apprenante chinoise, qui ne parlait pas au départ, s’est mise à aider ses camarades en français.

Le fait de faire intervenir d’autres formatrices a permis également de casser le rythme et de découvrir d’autres domaines. Marie-Cécile Lemoine intervenait sur l’acquisition de savoirs mathématiques, et nos deux autres collègues, Elisabeth Boilot et Jessica Ferenczi, se centraient plus sur les outils nécessaires à l’entrée dans le parcours d’emploi. Nous étions ainsi complémentaires. Ces interventions le mardi et le jeudi étaient très attendues, car elles donnaient un rythme à la formation.

Des contacts extérieurs ont eu aussi des effets positifs : la visite à l’agence d’intérim leur a ouvert une porte sur l’après-formation, leur permettant de connaître une autre structure que Pôle emploi pour s’insérer dans la vie active.

La venue de l’Entraide berruyère les a beaucoup intéressés, leur ouvrant peut-être d’autres perspectives d’emploi.

Un temps individualisé plus important serait néanmoins souhaitable pour leur permettre d’évoluer plus facilement et efficacement, car tous n’ont pas le même niveau, donc pas les mêmes besoins. Ainsi pour pallier cette difficulté, en complément de mon intervention, Léa Douillard, une bénévole de C’est Possible Autrement, est venue régulièrement faire lire les plus en difficulté.

Marie-Cécile Lemoine, quel a été votre rôle dans cette formation ?

J’ai animé 5 séances de 3 heures sur les mathématiques, en partant de la construction du nombre entier et décimal de manière à amener celle des unités de mesure, de leurs multiples et sous-multiples.

Suite du témoignage de Marie-Cécile Lemoine
Quels besoins des apprenants avez-vous identifiés en amont, ou avez-vous découverts au fil des séances ?

J’ai pu observer leur aisance et leur rapidité dans le calcul mental, leur plaisir manifeste à manipuler les notions mathématiques, et l’émulation à vivre ces manipulations en groupe. J’ai aussi constaté une absence de construction, de représentation du système décimal.

Comment y avez-vous répondu pédagogiquement ?

Les réponses furent plurielles et complémentaires :

Des temps collectifs visant à comprendre, par la manipulation d’objets :

  • la construction du nombre entier permettant, dans un second temps, l’apprentissage des techniques opératoires (addition, soustraction),
  • la construction du nombre décimal permettant, dans un second temps, celle des multiples et sous-multiples des unités de mesure.

Des temps semi-collectifs permettant d’individualiser les parcours au regard de l’analyse des difficultés observées :

  • la construction de l’oralisation des nombres, la mémorisation,
  • la construction du nombre décimal avec l’€ facilitant la conscientisation de la virgule,
  • un entraînement aux techniques opératoires de l’addition et de la soustraction,
  • l’apprentissage de l’utilisation de la calculatrice,
  • la résolution de situations mathématiques allant, pour un stagiaire, jusqu’à des situations de proportionnalité.

L’utilisation d’outils pédagogiques adaptés :

  • un matériel de construction du nombre entier (méthode Montessori),
  • un matériel de mesures métriques,
  • un matériel de contenants pour les mesures liquides,
  • un matériel argent €
  • des fiches pédagogiques « Parler Maths » (https://cefil.org/fiches-pedagogiques-parler-maths/), créées par l’équipe pédagogique de Cefil (Centre d’études, de formation et d’insertion par la langue) et financées par le Ministère de l’Intérieur.

Une variété de modalités pédagogiques :

  • la construction d’une carte mentale du tableau des unités de mesure,
  • la réalisation de vidéos à partir des smartphones des stagiaires de manière à ce qu’ils puissent revisionner des manipulations, ou mémoriser des nombres par exemple,
  • l’utilisation de documents authentiques porteurs de chiffres et nombres (numéros d’identifiants d’allocataire et d’assuré, tickets de caisse…).
Quels commentaires souhaiteriez-vous au terme de cette expérience (éléments de bilan, pistes d’évolution) ?

Cette première expérience conforte la nécessité d’intégrer les mathématiques dans une formation d’alphabétisation. Je n’ai d’ailleurs aucun doute quant à la conviction de l’impact du raisonnement mathématique sur les autres apprentissages. Ou pour le dire comme Bernadette Gueritte-Hess qui fut, il y a plus de 20 ans maintenant, mon maître en la matière : « les mathématiques sont la voie royale de l’apprentissage » ou « la différence entre apprendre et comprendre » : http://enfants.foxoo.com/video,mathematiques-plus-jamais-comme-ca,nx1206011018286286.html

J’ajouterai que la manipulation permet de lever le frein linguistique et le plaisir visiblement partagé avec les stagiaires dans ces séquences d’apprentissage m’encourage à poursuivre dans ce sens.

Bien sûr, cette première expérience va permettre d’améliorer le prochain programme. D’ores et déjà, quatre pistes semblent se dégager :

  • prévoir plus d’heures dédiées à l’acquisition des compétences mathématiques,
  • inscrire les mathématiques dans le quotidien, par exemple par des activités à réaliser en dehors de la salle de formation,
  • développer l’outil vidéo permettant à tout à chacun de revoir, autant que nécessaire, les étapes d’un mode opératoire mathématique
  • et plus généralement, prévoir plus d’accompagnements bénévoles afin de faciliter l’individualisation des apprentissages.

Elisabeth Boilot, quel a été votre rôle dans cette formation ?

J’ai animé 5 séances de 3 heures sur la thématique de l’employabilité.

Suite du témoignage de Elisabeth Boilot
Quels besoins des apprenants avez-vous identifiés en amont, ou avez-vous découverts au fil des séances ?

En amont, ils savaient tous ce qu’était une agence pôle Emploi puisqu’ils y étaient inscrits. Par contre ils n’étaient pas en mesure de déchiffrer les points clés d’une offre d’emploi.

Ils avaient tous eu une expérience professionnelle dans leur pays d’origine ou en France, parfois les deux, mais il leur était difficile voire impossible de décrire les gestes professionnels et d’en extraire les compétences transférables.

Comment y avez-vous répondu pédagogiquement ?

Au travers de différents modules :

– la présentation des modalités d’accès à l’emploi (application pôle emploi, agence intérim),

– la compréhension du lexique associé à cette thématique à partir de matériel visuel (illustrations + mots) : les mots clé d’une offre et le repérage et la lecture de ces données sur diverses offres ; les rubriques du CV,

– l’aide à la formulation des tâches réalisées lors des expériences professionnelles de chacun (à partir de vidéos en lien avec le métier exercé ou visé de chaque stagiaire,

– la préparation à l’entretien d’embauche (code de présentation, argumentation) à partir de mises en situations (employeur / candidat),

– la présentation des ateliers et des modalités d’inscription de l’entreprise d’insertion L’Entraide Berruyère par Hasna Blain, conseillère en insertion.

 

Pour entrer à l’Entraide berruyère, un niveau de langue minimum est requis. Nonobstant cela, avertie du faible niveau de communication de la majorité des stagiaires, Mme Blain accepte de venir présenter l’entreprise, sur cet avis commun que l’hétérogénéité des acquis et besoin du groupe fait que chacun pourrait y trouver une réponse sociale et/ou professionnelle, immédiate ou différée.

Plusieurs stagiaires ont dit être intéressés par certains ateliers et un d’entre eux a affirmé se rendre à l’Entraide le lundi suivant la présentation du vendredi.

Cette professionnelle a en outre évoqué la piste du bénévolat en termes de lien social, de compétences à acquérir et développer, et en termes d’immersion dans un milieu francophone, la communication étant pour beaucoup la pierre d’achoppement pour candidater, comprendre les consignes et le vocabulaire technique d’une mission.

Quels commentaires souhaiteriez-vous au terme de cette expérience (éléments de bilan, pistes d’évolution) ?

Quelques observations relatives aux stagiaires :

– les stagiaires ont une difficulté à exprimer une motivation tant par manque de langage de base que par l’abstraction que cela représente.

– certains expriment le désir de se former voire se qualifier, conscients du fossé entre leur expérience dans leur pays et les exigences des postes en France

– d’autres souhaitent travailler vite, soit en restant dans leur champ de compétence ou au contraire en changeant de cap

– la nécessité de répondre à l’urgence et le projet de changement ou d’amélioration peuvent se « télescoper » : ainsi le stagiaire, désireux de changer « de cap » et devenir ripeur, est prêt également à faire le stage en usine de viande, et puis se positionne sur un atelier couture à l’Entraide berruyère où il compte se rendre dès le lundi qui suit l’intervention de la professionnelle de cette structure.

– tous se sont bien investis bien dans le jeu de rôle et les situations en sous-groupes.

 

Cette formation a été l’occasion de coopération :

– avec ma collègue Sandrine Vacher, référente de la formation, et Nadège Murcin, bénévole à C’est possible Autrement, qui ont rendu possible la réalisation de ces ateliers en sous-groupes qui permettent aux stagiaires d’être actifs et de « pousser » la participation de tous.

– avec ma collègue Jessica Ferenczi sur la même thématique que moi mais qui s’appuyait sur les usages du numérique.

 

Des pistes ouvertes par cette formation sont à poursuivre et développer :

– le partenariat avec Pôle emploi

– la rencontre avec des professionnels d’une agence d’intérim et d’une entreprise d’insertion

– le partenariat avec le Cria

 

Le contact avec les entreprises, qui ne relève pas de notre champ de compétences, serait à développer via des partenariats avec des professionnels ad hoc.

Nous pourrions aussi les inciter à se rapprocher d’associations en recherche de bénévoles ou permettant des activités diverses (loisirs ou autres) de manière à leur permettre de développer par la pratique leurs compétences linguistiques.

En conclusion : un sentiment de satisfaction d’expérience partagée avec les stagiaires et l’équipe professionnelle, mais aussi une forme de vertige devant le chemin qui reste à parcourir à certains stagiaires, en dépit des pistes données, pour atteindre l’autonomie nécessaire.

Jessica Ferenczi, quel a été votre rôle dans cette formation ?

Les objectifs des séances que j’ai animées étaient pluriels : se repérer dans le temps (planning, horaires), développer des compétences numériques au service de l’employabilité et de l’autonomie, identifier les consignes de sécurité et les postures professionnelles adaptées, en lien avec les tests passés en agence d’intérim.

Suite du témoignage de Jessica Ferenczi
Quels besoins des apprenants avez-vous identifiés en amont, ou avez-vous découverts au fil des séances ?

Je me suis aperçue rapidement que la plupart des stagiaires utilisaient de façon aisée leurs smartphones : télécharger une application, envoyer un sms, passer un appel téléphonique, utiliser les réseaux sociaux est déjà dans leur quotidien.

Les besoins étaient liés aux démarches à accomplir pour aller vers l’emploi : lire les formulaires, s’inscrire en ligne…

Comment y avez-vous répondu pédagogiquement ?

Il faut sans cesse chercher de nouvelles façons de se faire comprendre, créer des supports simples et attractifs pour apporter du vocabulaire, même si le sujet est complexe. Avec les nouvelles technologies, c’est « plus simple », plus rapide.

Ainsi, nous avons téléchargé une application (Google Traduction) qui permet de traduire en instantané des documents écrits. Pour certains ce fut une grande révélation et aussitôt utilisée.

L’actualisation de la situation Pôle Emploi a également été vue au cours de ces séances, même si je suis consciente que seule la répétition de cette action en permettra réellement l’acquisition.

Je leur ai également montré comment « lire » (repérer des éléments importants d’un document : identifier l’expéditeur, par le logo ou la signature, l’objet du message, son contenu). Nous avons aussi vu comment « écrire » (formules de politesse de début et de fin, mise en valeur de l’objet du courrier, signature), et insérer une pièce jointe dans un mail.

Lors de cette séance, j’ai reçu plusieurs mails sur ma boîte professionnelle, preuves de l’envie de certains de s’entraîner à utiliser ce mode de communication, avec la conscience répétée que faire une fois, en étant accompagné, ne permet pas de conclure à une acquisition durable.

D’autres, parce que la famille (mari ou enfant) se charge de ce genre de démarches, n’en éprouvaient pas le besoin et pouvaient se désintéresser de la séance de formation qui ne faisait pas sens pour eux.

Pour réaliser les CV de ce groupe, nous avons travaillé en équipe (avec Sandrine Vacher et Elisabeth Boilot mes collègues, mais aussi avec une bénévole Nadège Murcin) de manière à pouvoir faire un accompagnement plus individualisé.

Il a fallu aussi parfois partir à la recherche d’informations pour compléter les CV. Ainsi par exemple j’ai dû contacter le mari d’une stagiaire pour avoir plus d’informations, ou bien envoyer des sms à un des stagiaires qui a pu traduire à son collègue et donc me répondre. Ces médiations étaient nécessaires.

Enfin j’ai assuré moi-même la finalisation des CV dématérialisés.

Mes collègues et moi constatons que la barrière de la langue et des compétences numériques a été un frein à la réalisation de cette tâche en totale autonomie malgré les acquisitions tout au long de la formation.

Quels commentaires souhaiteriez-vous au terme de cette expérience (éléments de bilan, pistes d’évolution) ?

Il apparaît important de développer un réseau de stages possibles. A titre d’exemple, à la lecture du CV d’un des stagiaires en recherche de stage, j’ai pu utiliser mes connaissances du secteur afin de le « positionner » dans une entreprise travaillant la transformation de viande. Le stagiaire pourrait faire un stage découverte suivi d’un contrat en intérim.

Un parcours professionnalisant

Outre les contenus de formation auxquels ont fait allusion les formatrices et qui en ont constitué le fil conducteur, d’autres éléments nous semblent avoir été positifs :

– Dès le départ, une conseillère Pôle emploi, référente de cette formation, se présente à nous et au groupe de stagiaires.

– Les stagiaires ont été mis en contact avec des professionnels du recrutement :  agence d’intérim, Entraide berruyère.  Ce qui a permis la découverte de ce qui peut leur être demandé, ce qui a contribué à lever certains obstacles : la maîtrise de la langue est certes importante entre autres pour répondre aux consignes mais de manière différenciée selon les métiers, la posture est souvent un critère prioritaire de recrutement, des métiers requièrent des compétences préalables et d’autres non…

– Ils ont découvert la possibilité de déposer des CV, et plusieurs ont d’ores et déjà manifesté leur volonté de le faire. Certains ont aussi exprimé le désir d’aller vers la qualification.

– En aval, une évaluation a été faite avec la référente Pôle emploi, une professionnelle du Cria (Centre de Ressources Illettrisme et Analphabétisme) du Cher afin d’inscrire cette formation dans une notion de parcours.

Des pistes pour améliorer les prochaines sessions

– Développer la multimodalité des formations : groupe plénier, sous-groupe, individuel ; multiplication des outils et supports ; inscription de l’acte de lire dans des activités quotidiennes ou pratiques ; participation à des ateliers développés dans le cadre de notre association autour de thématiques précises… (Nous inscrivons dès maintenant notre organisme dans cette démarche par notre candidature au Parcours d’Accompagnement Stratégique proposé par la Région Centre Val de Loire dans le cadre du Pacte).

– Faciliter la conscientisation des parcours et l’auto-évaluation par la mise en place d’un porte- folio de connaissances et de compétences.

– Construire un réseau d’insertion professionnelle pour faciliter la potentielle organisation de stages.

– Renforcer la démarche d’individualisation de la formation par la mobilisation de bénévoles autour du formateur sur cette formation, par la mise en place d’un système de tutorat sous des formes à définir, et l’organisation de séquences d’apprentissage en situation et en autonomie…

– Aider à la construction du collectif d’apprenants par l’institution d’un délégué de formation, de moments coopératifs, et par la participation à des ateliers thématiques au sein de notre association.

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