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Remue-méninges à C’est Possible Autrement : l’illettrisme et l’illectronisme dans le viseur

par | 13/10/2024 | 0 commentaires

A l’approche du grand Forum national qui sera organisé à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts le 17 octobre prochain, l’ANLCI (Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme) lance un appel à réflexion visant à permettre ensuite à son assemblée générale de se prononcer sur de nouvelles priorités d’action 2025-2030.

https://www.anlci.gouv.fr/participez-a-la-campagne-nationale-de-recueil-de-contributions/

Pas question pour nous de laisser passer l’opportunité d’apporter notre contribution à la réflexion collective : paroles de professionnels ou de bénévoles, mais aussi paroles de citoyens – puisque c’est bien de la « chose commune » (la res publica) qu’il est ici question.

La pause méridienne du mercredi est, dans notre association, temps de repas et de partage institué nécessaire à la vie d’équipe et aux échanges plus ou moins formels qui y contribuent.

Au menu du mercredi 9 octobre 2024, les questions posées par l’Agence :

  • D’où parlez-vous ?
  • Illettrisme et illectronisme. Que constatez-vous dans vos pratiques quotidiennes ? (points positifs/ alerte ou interrogations)
  • Quelles priorités souhaitez-vous voir portées dans les 5 années à venir ?
  • Observez-vous l’émergence de nouveaux sujets, de nouvelles problématiques en matière de prévention et de lutte contre l’illettrisme ?
  • Quelles sont vos propositions d’action ? »

Les commensaux : les quatre formateurs (dont la directrice référente pédagogique), la médiatrice sociale, une stagiaire et deux bénévoles.

Quatre thèmes ont particulièrement aimanté les débats, dont les lignes qui suivent tentent de restituer l’essentiel.

La compréhension des phénomènes

Les définitions des termes sont claires pour les professionnels du champ, c’est loin d’être le cas au-delà. Il s’agit moins là d’une question académique que d’une préoccupation à visée pratique : comment bien identifier une difficulté, comment y répondre de manière pertinente. Cela concerne tout un chacun, l’environnement des personnes concernées, et plus encore les employeurs, les professionnels de l’orientation et de l’insertion… Et même si les campagnes de sensibilisation se sont multipliées ces dernières années, beaucoup reste à faire.

Gardons-nous des équivalences paresseuses entre illettrisme et illectronisme : s’ils peuvent se recouvrir chez certaines personnes, c’est loin d’être toujours le cas. Ils ne touchent pas les mêmes catégories de population : l’illettrisme est plus socialement marqué, l’illectronisme concerne des catégories plus larges de population : socialement, culturellement, générationnellement… ; il constitue aujourd’hui une véritablement priorité, si l’on veut éviter le risque de « fracture numérique », la mise à l’écart de certains par incapacité à répondre aux exigences du quotidien.

D’où l’intérêt de tous les dispositifs mis en place pour l’accompagnement : conseillers numériques, Territoires Educatifs Numériques, Aidants connect, Promeneurs du net…

En outre trop souvent on associe le numérique à l’ordinateur et à la bureautique. Or les personnes en difficultés avec les savoirs de base ont de plus en plus un accès aisé au téléphone portable, à la tablette, à des applications nombreuses et simplifiées, … Ces outils se révèlent des supports d’apprentissage aujourd’hui incontournables.

Les actions contre l’illettrisme et l’illectronisme sont donc à la fois complémentaires et indépendantes l’une de l’autre.

La nécessité d’outils communs : évaluation, formation

 Des outils existent. Ainsi ceux de référence mis en place par l’ANLCI qui restent succincts ou peu utilisés :

– Cadre national de référence (https://www.profiloccitanie.fr/ressources/cadre-national-de-reference-de-lanlci/),

– Evagill, outil d’aide à l’existence de situations d’illettrisme en milieu professionnel https://evagill.fr/

– Evacob, outil de positionnement des savoirs de bases https://eva.beta.gouv.fr/evacob/)…

On trouve aussi des applications et logiciels spécifiques au service des apprentissages et de la compensation de difficultés de lecture ou d’écriture (Assimo néotissimo par exemple : https://www.assimo.com/).

Mais force est de constater que le plus souvent chacun – y compris les organismes de formation – bricole dans son coin.

Conséquences : l’inégalité de qualité des outils utilisés et le manque de moyens de comparaison entre les résultats – ce qui est préjudiciable à l’usage d’outils vraiment adaptés aux besoins de chacun, et à la mise en place d’une véritable politique de prévention et de lutte contre l’illettrisme.

Autres difficultés : la diminution de l’offre de professionnalisation spécialisée dans l’illettrisme depuis une vingtaine d’années : le poids croissant des contraintes économiques obligeant les organismes de formation à travailler à flux tendus au détriment de cette professionnalisation).

Mais deux atouts :

  • La réelle priorité accordée par le Conseil régional de notre Région-Centre Val-de-Loire aux questions d’illettrisme et l’existence de Cria (Centre de Ressources Illettrisme et Analphabétisme) départementaux…
  • L’opportunité créée par la nécessité pour les organismes de formation d’avoir le certification Qualiopi : démarche exigeante, contraignante, mais véritable levier qui permet une montée en pertinence des organismes de formation dans l’adaptation aux personnes concernées, dans la prise en compte des « troubles du dys ».

La sensibilisation générale et précoce à la lecture

Lire, lire, lire, sensibiliser à la lecture, multiplier et diversifier l’offre… Tout le monde s’accorde sur ce point. Tout le monde salue les dispositifs et initiatives qui se multiplient. Ainsi de ceux auxquels nous sommes associés d’une manière ou d’une autre : par exemple « Lire et faire lire », le « bibliobus », mais aussi les boîte à livres, les « valises à livres », la médiation sociale qui permet les rencontres, initiatives, découvertes, accompagnements…

Familiariser au plus tôt, dès la crèche, l’enfant au plaisir des mots, des sons, via les comptines est un puissant levier, visant à développer la conscience phonologique autant que le plaisir de lire. Cela passe bien sûr par le partage avec les parents, le fait de les associer.
Mais des nuances se font entendre ensuite dans nos positions respectives. Par exemple, on note que la littérature jeunesse est marquée par la culture de l’écrit – au risque que certains enfants s’en trouvent exclus. Comment faire ? Privilégier l’oral ? Préparer la lecture écrite par de l’oral ? La littérature jeunesse permet néanmoins la découverte de l’enfant avec les mots, les phrases écrites… ? Mais une chose est sûre : une lecture qui n’est pas préparée, puis accompagnée d’échanges a posteriori risque de se révéler inefficace, voire contreproductive. Être devant un livre n’est pas lire.

D’où l’importance du jeu, au cœur de notre philosophie éducative, qui développe le plaisir d’apprendre, le plaisir de lire… Une autre piste : inciter les familles à se constituer une mini-bibliothèque : avoir un livre à soi, la manipuler, y revenir, c’est créer une familiarité avec l’objet-livre.

Les alliances éducatives

Cette action de prévention sera d’autant plus efficace qu’elle sera partagée par les différents acteurs que croise l’enfant. Cela participe d’un projet de Cité éducative. Cette coopération est déjà observable au sein des REP quand les enseignants sont quasi contraints, nécessité faisant loi, à travailler en équipe.

A partir de là, des nuances de perception entre nous : faut-il articuler l’action autour de l’école ? Ou développer des actions autonomes (choix des textes, méthodes utilisées…), en s’informant mutuellement ? Si l’école a l’avantage de réunir l’ensemble des enfants, elle ne doit pas exclure d’autres lieux, d’autres acteurs, dans leur champ de compétence propre au service du lire (plus encore que du livre). Faire tous ensemble n’est pas faire la même chose, la diversification est en soi une ouverture (à condition qu’elle ne soit pas contre-productive !). Et aussi l’opportunité de l’adaptation à chacun. Sans oublier l’action au sein de la famille : lire, raconter, partager une histoire, même dans la langue d’origine autre que le français… D’où la nécessité d’accompagner les parents pour ce faire.

Et puis l’importance de la formation des professionnels, leur sensibilisation à cette question : dans les crèches, dans les petites classes de l’école primaire.

Nous avons tenu à partager avec vous ce moment collectif d’agite-neurones. L’éducation et la formation ne sont-elles pas l’affaire de tous ? Et c’est par les mots que nous comprenons, que nous disons, que nous habitons le monde. C’est par les mots qu’il peut faire sens et que nous pouvons l’aimer.

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