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Quartier du Moulon à Bourges

C’est Possible Autrement passe au journal télévisé

Là où l’opportunité rejoint le champ des possibles

Lundi 6 novembre 2023, 10h30.

« Bonjour, c’est France 3. Nous souhaitons faire un reportage sur l’illettrisme, en relation avec l’actualité* du jour en Région Centre. Est-ce possible ? » *[*La Région lance un plan triennal volontariste et ambitieux pour lutter contre l’illettrisme].

Et possible, ça l’était ce lundi. Plusieurs professionnels salariés de l’association, tous formatrices et formateur, étaient effectivement en action pour accompagner des adultes en situation d’illettrisme : Julien Lopes accompagnait des usagers de l’ESAT de l’APEI à Saint-Amand Montrond, Catherine Toulze des adultes francophones et allophones dans le cadre de « visas 3 en 1 » entre Mehun-sur-Yèvre le matin et Aubigny-sur-Nère l’après-midi, et Sarah Geneix animait à Bourges l’action « Alphabétisation », ces deux dernières actions étant financées par la Région Centre-Val de Loire.

C’est l’Alphabétisation qui a plus particulièrement retenu l’attention des journalistes une fois expliqué le fait que notre organisme de formation peut y accueillir, par son expertise, des stagiaires en situation d’illettrisme. Coup de fil entre Marie-Cécile Lemoine, directrice de l’association et Sarah Geneix, pour vérifier l’adhésion des stagiaires de ce groupe et rendez-vous est pris à 13h30 avec les journalistes.

La suite en vidéo extraite du journal télévisé régional de France 3. Cliquez sur cette image pour accéder au reportage que nous voulons lire comme une reconnaissance de notre implication sur ce sujet :

Du côté des chiffres

Condenser un court reportage en quelques minutes contraint à limiter les explications. C’est la raison pour laquelle nous avons eu envie de donner quelques clés de lecture supplémentaires.

Le reportage débute par une présentation de statistiques, extraites de l’enquête inédite commandée par la Région Centre-Val de Loire réalisée en ce début d’année. Les chiffres sont édifiants puisque qu’ils montrent que plus de 10% des adultes de 18 à 65 ans sont en situation d’illettrisme. Ce taux est assez logiquement mis en comparaison par les journalistes avec les statistiques nationales (7%), oubliant toutefois d’indiquer que ce taux national date de 2012. Nous savons maintenant qu’une nouvelle enquête menée par l’Insee sera publiée au printemps prochain.

Du côté des paroles de stagiaires

Ces quelques clés de lecture passent aussi par le fait de redonner un temps d’expression complémentaire tant aux stagiaires interviewés qu’à ceux qui n’ont pas souhaité être filmés :

Ainsi, Salmata scolarisée en langue française aux Comores, complète l’interview télévisée par ces propos :

« Grâce à vous, à C’est Possible Autrement, j’arrive à comprendre un message sur mon téléphone. Je n’arrive des fois pas à tout lire mais c’est tellement mieux aujourd’hui. »

Sfia, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être scolarisée au Maroc, son pays d’origine. Elle ne souhaitait pas être filmée et profite de cet article pour exprimer son point de vue « C’est très important d’apprendre à lire et à écrire car dans la vie on en a besoin. Quand on va à la Poste par exemple, on nous donne un papier et il faut le remplir.

De venir à Sancerre jusqu’ici c’est une chance. Je veux profiter de cela avant d’avoir un certain âge. Pouvoir ouvrir le journal, répondre à un mail, c’est une porte qui s’ouvre sur la vie. On en a tous besoin. »

Enfin, Mariam, en situation d’analphabétisme comme Sfia, continue :

« Venir à la formation c’est une grande chance pour moi. Je n’ai jamais appris à lire ni à écrire ne serait-ce que mon nom, mon prénom. Quand je reçois du courrier, j’aimerais parfois le garder pour moi, et je ne peux pas. Je suis obligée de demander de l’aide à mon mari. Je veux être indépendante. »

On entend bien que ces stagiaires, contrairement au commentaire du journaliste, ne découvrent donc pas l’importance de savoir lire et écrire « à travers l’activité proposée pour cette séance ». Ils en étaient convaincus avant de pousser la porte de l’organisme de formation.

Honte ou culpabilité ?

Le reportage se termine avec le terme de « honte » bien souvent associé à celui d’illettrisme. Ce terme, nous avons envie de le mettre en perspective avec celui de la culpabilité, précisé dans les propos de François Bonneau, président de notre Région, propos extraits de l’interview par France Inter deux jours plus tard, le 8 novembre 2023 « Les personnes qui sont en situation d’illettrisme sont nos voisins, dans la rue, dans notre immeuble. Ce sont des personnes qui, comme toute personne, ont envie de se promouvoir, ont envie d’accéder à tout et globalement sont extrêmement volontaires pour s’engager dès lors qu’on les a déculpabilisées. Il faut lever la culpabilité. Ces personnes qui viennent dans un service administratif et qui finalement quand elles voient qu’elles vont devoir prendre un crayon et écrire quelque chose, sont prises de panique et font demi-tour, ça n’est pas supportable dans une société de justice et d’égalité… ».

Une vigilance et une responsabilité de tous

Alors, au-delà de la honte ou de la culpabilité qui renvoient le problème du côté des victimes, mobilisons-nous tous, là où nous sommes, pour accueillir avec bienveillance toute parole qui dirait « je ne sais pas faire ». Mobilisons-nous pour l’accueillir avec la posture du « rien n’est évident », vraie pour tout un chacun. Autrement dit, accueillons sans préjuger, sans présupposer de ce que l’autre devrait savoir, connaitre. C’est avec cette posture que notre regard pourra réellement être empreint de bienveillance, permettant même d’aller jusqu’à l’accompagnement vers les organismes dont la mission est d’aider vers un possible autrement.