Cette ultime Chronique des temps de confinement est déjà aussi une Chronique de l’après, puisque notre structure (son conseil d’administration comme ses professionnelles) s’est engagée à partir du 10 mai dans un processus de retour progressif à un fonctionnement en présentiel, dans le respect le plus strict des gestes barrières.

Il nous a semblé important pour clore cette série de donner à voir la manière dont nous nous sommes saisis pendant cette période de la question de la parentalité, un des axes de travail de la médiatrice sociale de l’association, Bénédicte Frébault, à qui nous laissons la parole.

Comment avez-vous pu mettre en place une action autour de la parentalité en ces temps de confinement ?

Le travail sur la parentalité est une de mes missions d’adulte-relais. On pourrait la résumer ainsi : transmettre une information utile et adaptée, individualisée en fonction des besoins ; accompagner vers les lieux ressources si nécessaire ; organiser des activités partagées entre les parents et leurs enfants (ou toute personne en relation avec eux) ; donner des outils aux parents pour l’aide aux devoirs scolaires.

Ayant pris mes fonctions début novembre, je me suis consacrée d’abord à la découverte de mon terrain d’intervention, des acteurs, des dispositifs…, et j’ai commencé à poser les jalons pour mener à bien mes différentes missions, dont celle sur la parentalité.

L’arrivée brutale de la situation de confinement m’a contrainte à entrer de manière accélérée dans l’action sur cette thématique et à trouver dans l’urgence des pistes de solutions.

Je pourrai les organiser autour de trois axes :

– l’identification des parents pour mieux les rencontrer ;

– la recherche d’informations adaptées pour les transmettre de manière pertinente ;

– un suivi individualisé adapté à leurs besoins.

 

1/ Le premier point donc : identifier les parents pour les rencontrer ?

Des sources multiples à organiser

Identifier les parents et me mettre en relation avec eux a été l’action la moins évidente, du fait de ma récente prise de fonction. Je l’ai donc fait pas à pas.

Il m’a fallu établir une base de données à partir des échanges avec mes collègues, de ma connaissance d’apprenants et de joueurs rencontrés à C’est Possible Autrement, de mes premiers accompagnements vers les lieux ressources et de l’animation d’ateliers parents-enfants.

Fort heureusement, j’avais pu initier des accompagnements de parents, notamment vers la bibliothèque des Gibjoncs et organiser quelques ateliers parents-enfants (atelier carnaval, atelier ludique) et quelques sorties (escape game, atelier ludique à la bibliothèque).

Un bon nombre de ces parents m’avaient été présentés par mes collègues formatrices lors de leurs cours d’OEPRE (public de parents, primo-arrivants).

J’ai ainsi pu établir une première liste d’une quinzaine de parents avec lesquels un lien de confiance était déjà établi.

Une nécessité de relais

Je me pose alors la question des parents accompagnés en formation par mes collègues et qui ne me connaissent pas ou peu. Sans rapport de confiance, il n’est pas aisé de créer une relation.

Un relais devient donc nécessaire pour entrer en contact avec eux. Chacune de mes collègues appelle « ses » parents  et « me présente ». Ainsi une autre quinzaine de parents est identifié.

Un nombre croissant de parents accompagnés

Pendant le confinement, ce sont 24 parents qui ont bénéficié d’un suivi personnalisé et avec eux, plus de 50 enfants âgés de 3 à 12 ans pour la plupart.

Des actions à poursuivre

Je souhaite réfléchir à la mutualisation d’une base de données avec mes collègues de manière à ce qu‘elle soit enrichie par toutes, et actualisée en permanence.

Je vais par ailleurs poursuivre, avec nos partenaires, le travail d’identification des parents susceptibles d’avoir besoin d’un accompagnement (bailleurs, adultes-relais, écoles, associations, …) et participer au maillage du territoire pour repérer les « invisibles » pour ainsi ne pas laisser de parents sans réponse.

 

2/ Vous avez évoqué un deuxième point : chercher des informations adaptées pour les transmettre de manière pertinente ?

Une collecte d’informations

Le diagnostic social du quartier enrichi par les réunions formelles ou informelles au sein de l’association depuis la naissance de l’Espace de Vie Sociale a fait apparaître que l’information existe mais qu’elle n’arrive pas systématiquement jusqu’à la personne concernée.

L’une de mes missions est donc de faciliter l’accès à l’information utile. Elle est devenue d’autant plus nécessaire pendant cette période inédite où moult informations ont circulé. Il était alors indispensable de les vérifier et de les actualiser en permanence.

Notre équipe associative s’est mobilisée dans cette collecte d’informations générales et spécifiques, et les partenaires ont partagé leurs informations.

Un tri de l’information en fonction des besoins

Pour ce faire, j’ai créé  un tableau de suivi « parentalité » me permettant de connaître le nombre et l’âge des enfants, de suivre les publications catégorisées par groupe d’âge (5 groupes) et par rubriques (informatives, participatives, ludiques, pédagogiques..) et de mettre au point une sorte de médiathèque pour retrouver rapidement les sites.

Un recueil des besoins lors d’échanges personnalisés

 C’est l’entrée en communication directe avec les parents qui a permis d’identifier et préciser leurs besoins.

Cette démarche n’est pas simplement un moyen en vue d’une action à venir, elle participe de l’action même d’accompagner. Les personnes apprécient d’être contactées, d’être par là-même identifiées comme appartenant à un collectif tout en considérant leur expression individuelle.

Un moyen adapté de transmission

Dans un premier temps, j’ai créé non sans mal un groupe Facebook « Parents et Accompagnants d’enfants C’est Possible Autrement » avec pour descriptif :

Dans un deuxième temps, je me suis questionnée sur la manière de transmettre l’information aux parents qui n’avaient pas Facebook. Je leur ai alors relayé les publications sur leur messagerie personnelle (Email, Whatsapp).

 Des actions à poursuivre

 Il s’agit maintenant de poursuivre une veille documentaire d’autant plus assidument que l’information, devenant très vite obsolète, doit sans cesse être vérifiée et réactualisée. Certains sites ont mis en ligne des publications gratuites mais qui, au fur et à mesure, du déconfinement s’avèrent payantes. D’autres ont mis des délais de publication, de mise à disposition.

Nous allons également reprendre notre transmission d’information ciblée au fur et à mesure de la reprise des actions menées sur notre territoire.

 

3/Enfin, le troisième et dernier point : la mise en place d’un suivi individualisé et adapté ?

Les deux premières entrées constituent un préalable nécessaire pour conduire à l’objectif premier : l’accompagnement des parents en réponse à leurs besoins.

 Les « acteurs » de ce suivi

 L’accompagnement, qui est au cœur de la mission de C’est Possible Autrement, a facilité la mise en place de ce suivi. En effet, soit le parent était averti de mon appel téléphonique par mes collègues qui l’accompagnent en formation, soit le nom de l’association rassurait d’emblée, soit j’avais pu établir une relation individuelle en amont du confinement.

C’est ce qui m’a permis de prendre en charge le suivi personnalisé de la plupart des parents dans un climat de confiance, mes collègues formatrices l’assurant pour les apprenants avec lesquels elles avaient un suivi régulier.

Des modalités : quand ? Comment ?

Cet accompagnement que je propose relève du libre choix du parent. Je vais donc lui proposer de devenir membre du groupe de parents sur Facebook ou à défaut, d’utiliser sa messagerie personnelle pour recevoir les publications et l’informer des échanges téléphoniques qui  pourront s’ensuivre.

C’est à partir d’eux que je peux encore mieux cibler les publications, et personnaliser la relation au travers d’échanges téléphoniques réguliers sur les préoccupations du moment.

Des actions à poursuivre

Je pense qu’il est important que je garde le lien avec les parents dont j’ai acquis la confiance au-delà de cette période de confinement.

Je reste soucieuse, compte tenu des remontées diverses (acteurs, parents, actualité), de rentrer en lien avec de nouveaux parents qui ont besoin de mon accompagnement.

 

Quelles remarques pourriez-vous faire en conclusion ?

La crise m’a obligée à trouver des réponses dans l’urgence : elle a été l’accélérateur d’une mission qui n’en était qu’à ses débuts. Ainsi, j’ai pu faire connaissance plus rapidement avec notre public de parents, et créer des liens de confiance. J’ai également construit des outils et des méthodes de travail qui vont me rester utiles.

Par ailleurs, j’observe que le contexte de confinement, loin de nous isoler, acteurs de l’association, partenaires, nous a conduits à un travail accru de mutualisation et a contribué à mettre en exergue les complémentarités de chacun. En prendre conscience est nécessaire de manière à pérenniser cette dynamique.

Merci à Bénédicte Frébault pour ces informations et ces actions.

L’actuelle crise liée à la pandémie et au confinement a creusé des inégalités sociales, éducatives, culturelles… Elle a isolé de nombreux parents, les a confrontés à d’autres questions, à d’autres difficultés, sans compter des inquiétudes, latentes ou exprimées, des questions sans réponses (ou dont les réponses ne leur parviennent pas, ou ont besoin d’être explicitées, traduites). Cela légitime notre rôle, cela nous donne aussi des responsabilités accrues.

Comme tout un chacun, nous avons été pris de court, bousculés dans nos certitudes et nos pratiques par cette crise. Nous avons été contraints de chercher, dans le tâtonnement, l’essai-erreur, l’expérimentation. Nous avons avancé plus vite que prévu, nous avons beaucoup appris, nous en sortons enrichis… et un peu fatigués. Notre fonctionnement à venir ne saurait être un retour à l’état antérieur. Nous devons nous saisir de cette nouvelle donne pour améliorer notre intervention, être plus pertinents. C’est un défi pour les professionnelles comme pour les administrateurs et bénévoles.

Nous assumons ces responsabilités, nous relevons ces défis – ces Chroniques en ont donné quelques signes. Mais nous ne pourrons continuer à le faire que si les associations ne sont pas réduites à une simple fonction réparatrice, que si elles peuvent jouer à plein leur rôle de partenaire dans l’institution du lien social et de la Cité – et donc si les institutions jouent aussi leur rôle à leur place et à notre côté, si elles prennent toutes leurs responsabilités.

Merci à tous ceux qui ont œuvré avec nous, nous ont soutenus – au service des habitants, des parents, des citoyens, du territoire.

Demain s’inventera ! Ensemble !

Ce 29 Mai 2020

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