Les Chroniques 3 et 4 avaient donné la parole à des apprenants. C’est une joueuse, Nathalie, qui prend aujourd’hui le relais, joueuse et bénévole, joueuse devenue bénévole, comme elle nous l’explique dans cet entretien.

« Je m’appelle Nathalie. J’ai 37 ans. J’habite à Bourges au Prado.

J’ai connu C’est Possible Autrement en rencontrant à titre personnel Marie-Cécile, la coordinatrice de l’association, il y a une douzaine d’années. L’association n’existait pas encore sous sa forme actuelle. C’est elle qui, il y a trois ans, m’a parlé de l’Atelier ludique et pédagogique du vendredi après-midi, en me disant qu’elle m’y voyait bien.

Je participe à l’atelier ludique du vendredi après-midi depuis trois ans, parfois en tant que simple joueuse, parfois en tant que bénévole. Il est animé par Jessica Ferenczi, formatrice.

J’ai participé à d’autres activités avec l’association, par exemple le « Projet régional d’écriture ».

Je fais du théâtre aussi avec l’atelier du Grand Chariot (qui fait partie de l’association des « Transports imaginaires »). Il joue une fois par an une pièce dans différents lieux de Bourges, dont le local de C’est possible Autrement. J’ai d’ailleurs rencontré cette troupe grâce à l’association : Marie-Cécile, qui connaissait mon parcours et savait que j’avais toujours fait du théâtre, m’a invitée à une représentation, elle m’a présentée aux responsables, Bruno et Dominique, et ainsi j’ai intégré la troupe il y a trois ans.

Parlez-nous de l’atelier ludique et pédagogique et du rôle que vous y  jouez ?

Dans un premier temps j’étais plus en phase d’observation, et je regardais la place de chacun, voir comment se positionnaient l’animatrice, les bénévoles et les joueurs.

Cet atelier est très libre. Chacun arrive quand il a envie, et même si des tables de jeu sont déjà mises en place, la personne peut venir se greffer à un jeu en cours.

Il y a plusieurs jeux qui sont proposés. On peut apporter les siens, ce qui est mon cas.      Il y a une table ou plusieurs tables, cela dépend du nombre de jeux ou de joueurs.            Le nombre varie d’une séance à l’autre, mais en moyenne nous sommes une dizaine. Souvent on termine l’atelier tous ensemble autour d’un UNO.

J’ai toujours été très jeu. Cela fait partie de mon enfance, mes parents m’ont acheté pas mal de jeux de société. L’atelier du vendredi m’a permis d’en découvrir de nouveaux et de passer de très bons moments autour d’un jeu avec des personnes que je ne connaissais pas personnellement. Il y a un mélange de culture et de classes sociales. Certains autour de la table parlent bien le français, le lisent et le comprennent, et d’autres non. Les différences ne sont pas un obstacle.  Avant de me retrouver en situation de handicap, j’étais travailleuse sociale, et de ce fait, j’ai toujours été confrontée à des publics en difficulté. C’est le cas de certains joueurs.

Comment je suis devenu bénévole ? C’était un peu l’objectif de Marie-Cécile en me faisant venir, vu ce qu’elle connaissait de moi.

J’ai commencé en apportant un jeu de chez moi. Et puis il m’est arrivé d’animer quand il y avait beaucoup de personnes, et qu’il fallait faire plusieurs tables de jeux.

Passer de joueur à bénévole, et réciproquement, n’est pas toujours très simple. Des fois, quand je suis dans l’action du jeu, je ne me rends pas compte qu’il y a besoin de faire plusieurs groupes. Jessica aujourd’hui arrive plus facilement à m’interpeller pour que je prenne en charge une animation.

Ce rôle me va bien, je m’y retrouve, cet atelier m’a beaucoup apporté. Me retrouver en situation de handicap m’avait fait perdre confiance en moi, et en mes compétences, celles que j’avais et qui existaient toujours. J’ai regagné en confiance. Parfois c’est plus limpide pour moi (question de confiance !) et je peux prendre des initiatives.

Et être en position de bénévole en animant un jeu me permet aussi de jouer.

Comment vivez-vous le confinement auquel nous sommes contraints ?

En étant en situation de handicap, le confinement est toujours présent. J’utilise plus mon téléphone et internet pour avoir des nouvelles d’autres personnes. Et des fois je ne réponds pas parce que j’en ai marre de passer du temps au téléphone.

Le confinement se passe plutôt bien. Cela me fait avoir plus de temps pour C’est possible Autrement parce que l’atelier ludique tourne d’une autre façon, cela a amené d’autres questions, d’autres besoins où j’ai pu m’inscrire tout naturellement.

J’ai même un cahier qui s’appelle « CPA. Cahier de confinement » où je marque les démarches, les contacts, ce qui se fait ou ce qui est à faire en lien avec l’atelier.

Comment se passe l’atelier ludique à distance ?

Ma participation s’est faite naturellement. Jessica a créé un page Facebook qui s’appelle « Joueurs de l’atelier ludique ». Elle m’a demandé si je voulais être modératrice de la page. J’ai dit OK.

Je suis très en contact avec Bénédicte Frébault, médiatrice sociale au sein de l’association, qui anime aujourd’hui la page Facebook du jeu.

Des questions se sont posées : comment peut-on faire fonctionner l’atelier du vendredi via cette page Facebook ? Quels jeux mettre en place ? Comment faire deux ou plusieurs groupes ?

On a aussi essayé avec Bénédicte de jouer en utilisant nos téléphones, tout en étant sur la page pour voir si cela fonctionnait.

Et cet atelier fonctionne depuis la première semaine du confinement. Mais on a bien galéré pour trouver les jeux, pour voir comment on pouvait inviter les membres du groupe aux jeux mis en place…

Une partie des joueurs de l’atelier ludique d’avant le confinement sont bien présents et connectés avec Facebook le vendredi. On est une dizaine. On peut utiliser un ordinateur ou un portable.

Ils envoient des messages sur la page. Bénédicte a créé une « conversation » qui s’appelle « Joueurs de l’atelier ludique » qui intègre tous les membres du groupe : chacun peut lire les messages des uns et des autres.

 

On galère encore parce qu’on n’arrive pas forcement à se connecter à un jeu et inviter des membres du groupe pour des raisons techniques. Facebook a ses limites : je peux embrayer un jeu, mais si la personne ne fait pas partie de mes amis, je ne peux pas l’inviter à jouer avec moi.

Un autre bénévole, Ronan, est venu nous aider, voir si on ne pouvait pas trouver une solution : on a fait une réunion à quatre par WhatsApp où Ronan nous a présenté un site internet de jeu en ligne, différent de Facebook. On peut s’y inscrire avec son compte Facebook ou directement.

On était censés mettre cela en place vendredi dernier, 17 avril. On a été très en lien tous les trois, Bénédicte, Ronan, et moi. C’était bien organisé, mais on a eu des difficultés, peut-être parce que certains ne comprenaient pas le basculement d’une page vers un autre site. On devait être en deux groupes, mais il fallait que les gens s’inscrivent à un groupe de joueurs de l’atelier ludique, puis communiquent sur leurs pseudos, etc. De fait on a attendu les joueurs.

On cherche des pistes de réponse :

Nadège, une bénévole, nous a rejoints, et nous nous sommes répartis à quatre les joueurs à contacter afin de les guider pour créer leur compte sur ce site.

Je me pose aussi une question : est-ce qu’on ne peut pas créer un compte nous-mêmes pour ceux qui ont plus de difficultés avec ces outils et leur donner leur mot de passe et leur identifiant. Il faudra en discuter avec les autres.

Vendredi prochain on est censés être opérationnels.

Notre objectif principal n’a pas été atteint cette fois-ci, mais on s’est aperçu le soir que les joueurs avaient posté sur la conversation des messages adressés aux autres, très courts (« bonsoir » « coucou »), et donc que, malgré tout, cela avait favorisé le lien entre eux.

Avec le temps de confinement, le site que Ronan a présenté m’a fait découvrir encore plein d’autres jeux, donc un auquel j’ai joué ensuite avec des gens que je ne connaissais pas. A partir de celui-ci, je suis en train de fabriquer mon propre jeu pour le proposer aux autres un prochain vendredi. »

Merci à Nathalie pour ce témoignage [recueilli le 23 avril].

 A suivre !

 Et en attendant des jours meilleurs, bon courage, prenez soin de vous et des autres, et n’hésitez pas à donner de vos nouvelles.

(Pourquoi ne pas nous envoyer une « carte postale », un texte, une photo… ?)

Ce 30 avril 2020

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