Aujourd’hui un regard sur les activités de formation, avant et pendant le confinement, vues par une formatrice, Elisabeth Boilot, présente à C’est Possible Autrement depuis le début de l’activité salariale de notre structure, il y a 7 ans.

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre activité de formatrice… avant le confinement ?

Je porte la formation essentiellement dans les sites ruraux tels Sancoins, Sancerre et Aubigny et les entreprises adaptées de Saint-Amand.

J’accompagne un public d’adultes dans l’apprentissage des savoirs de base, de la remise à niveau, et du français langue seconde pour les personnes de langues étrangères, J’interviens aussi dans les Entreprises Adaptées et à l’Esat de Saint-Amand-Montrond pour un accompagnement, par la formation, des usagers sur leur poste professionnel.

Nous sommes hébergés dans des salles communales, au sein de maison de l’action sociale et dans les locaux de Pôle emploi et au cœur des entreprises.

La formation se déroule en groupes de 4 à 8 personnes, mais notre accompagnement est individualisé : chaque apprenant a son dossier préparé en amont, dans lequel il retrouve son parcours de formation adapté à sa demande, à son besoin et à son niveau. Il avance dans ses exercices, à son rythme et en autonomie autant que faire se peut. Le formateur intervient quand nécessaire, passant d’un apprenant à l’autre.

Les entrées en formation et les sorties de formation se font tout au long de l’année.

A Bourges, j’anime ponctuellement des ateliers en partenariat avec d’autres structures et en lien avec un projet culturel ou social du quartier où nous exerçons.

 

Comment s’est effectué le passage à la formation à distance liée au confinement ?

J’ai contacté 13 apprenantes avec qui je travaillais déjà. Quatre ont souhaité entrer dans cette formation à distance. Les autres n’ont pas pu pour des raisons matérielles (pas d’internet, ou de téléphone adapté, et ce par manque de moyens financiers, ou en raison de contraintes familiales (mamans confinées avec leurs petits).

Quatre apprenantes, réparties entre Sancoins, Sancerre et Aubigny, partagent donc mon confinement aux quatre coins du département : Laura, Irina (ci-contre), et Ana, respectivement anglaise, russe et portugaise, ont souhaité poursuivre leurs parcours d’apprentissage de la langue française et s’entraînent essentiellement à l’expression orale et écrite ; Marie-Christine, berrichonne, se perfectionne en expression écrite.

Nous nous sommes accordées avec les apprenantes sur une moyenne hebdomadaire de 2 à 3 h d’échange direct par support audio et/ou visuel, complétés par des activités écrites adressées par mail. (Ci-contre Laura).

En termes de contenu, les sujets se programment, mais peuvent tout autant se décider au cœur de l’échange, et notamment au fil des sollicitations de l’association. Par exemple, la participation à un appel à des « carte postales en période de confinement » est prétexte à l’expression tant orale qu’écrite.

Le temps du confinement et du télé-travail qu’il induit est celui de l’adaptation à une autre forme d’accompagnement, cette fois, qui n’est pas notre spécificité : la formation à distance.

Les activités d’expression orale, sous forme de questions-réponses ou d’expression libre sur un thème, sont identiques dans leur contenu et déroulement dès lors que nous sommes en face à face par visio-discussion ; c’est un peu différent si l’échange est téléphonique ; ne pas voir les expressions de visage implique d’être attentive aux éventuels silences et d’en questionner le motif.

L’apprenante prépare, comme en présentiel, son entretien au préalable, en réinvestissant ses ressources capitalisées. Sa production orale lui est ensuite retranscrite et envoyée pour imprégnation. Un second oral permet de mesurer celle-ci.

En ce qui concerne les activités écrites, l’apprenante envoie des photos de sa production par mail ou l’écrit directement dans le mail, car, en l’occurrence, aucune de ces quatre apprenantes n’utilise le traitement de texte. Le corrigé que je retourne peut être sous la forme d’un commentaire ou d’une réécriture lorsqu’il s’agit d’agir sur la syntaxe. Il requiert, comme en présentiel, un échange oral pour commenter et remédier en orthographe grammaire et permet ici de s’assurer d’une même « longueur d’onde ».

Pour l’ensemble des activités, une présentation détaillée accompagnant l’envoi s’impose, à défaut de pouvoir intervenir, pour le formateur, ou de questionner pour l’apprenant en direct lors de leur réalisation. Cela dit, il est toujours possible de solliciter de l’aide entre deux entretiens.

A chaque entretien un rendez-vous est posé pour l’entretien suivant afin de maintenir un rythme.

« A distance », et cependant il me semble que la visio-discussion, au-delà d’ouvrir une fenêtre chez l’autre, confère à la séance un ton amical et plus décontracté qu’en face-à-face réel mais tout autant respectueux de l’apprentissage.

D’ailleurs, aucun loupé à ce jour à l’heure dite des rendez-vous.

De plus, l’expression orale est plus aisée en relation duelle pour les personnes timides.

Alors on peut bien pardonner au chien qui aboie, à la porte qui grince, au tracteur qui passe, au passage du chat sur le clavier, au mal de mer qu’occasionne un écran qui tangue parce que posé sur les genoux, et on en rit. (Ci-contre Marie-Christine)

Les contacts multipliés, sporadiques, spontanés, par messageries téléphoniques ou électroniques, par l’alliance de la disponibilité et de la mobilisation de toutes, ont pris un tour chaleureux.  J’en veux pour preuve les sms que je reçois depuis, avec de sympathiques smileys, les petits tuyaux échangés, relatifs aux tracasseries informatiques…

Quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer ?

L’informatique, précisément. Nécessité faisant loi, et après m’être arraché quelques cheveux au départ, (sans conséquence, sur la coupe « confinement »), me voici, (moi pour qui technologie rime avec allergie …) contrainte à partager, avec mes quatre volontaires, les jongleries entre sms, courriels, conversations sur WhatsApp, Skype, portable, ordi, fixe, pièces jointes, copier- coller, captures, et j’en oublie (cette enfilade est un clin d’œil à mes collègues qui seules peuvent m’imaginer…).

C’est ainsi que, à distance, mais pas tant que ça, on aménage, chacune et ensemble, ici et là, nos apprentissages.

On apprend tout au long de la vie …

Et la suite ?

Bien qu’appréciant d’être au calme, de marquer une trêve dans mes pérégrinations par monts et par vaux, et d’avoir le sentiment paradoxal d’une forme de liberté dans mon emploi du temps, je serai contente de me départir de ce « tout numérique » et de retrouver, dans de bonnes conditions, les apprenants en face-à-face. Aussi parce que ces moments privilégiés, en relation duelle, auront renforcé notre sympathie mutuelle, je crois.

Merci à Elisabeth Boilot pour ce témoignage, dans l’attente de lendemains qui, à ce jour, sont encore opaques quant aux conditions et aux formes de l’exercice professionnel.

 A suivre !

 Et en attendant des jours meilleurs, bon courage, prenez soin de vous et des autres, et n’hésitez pas à donner de vos nouvelles.

(Pourquoi ne pas nous envoyer une « carte postale », un texte, une photo… ?)

Ce 8 mai  2020

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